Un hiver à l’hôtel pour les sans-abri

30.04.2021
Depuis décembre 2020, le Collectif d’associations pour l’urgence sociale gère l’hébergement de personnes sans domicile fixe dans quatre hôtels genevois. Un répit salutaire pour les plus précaires.
L’opération est inédite à Genève. Depuis le début de l’hiver, plus de 250 personnes sans-abri ont bénéfi cié d’un hébergement d’urgence à l’hôtel. Le dispositif, fi nancé par le Canton de Genève et une fondation privée, est géré par le Collectif d’associations pour l’urgence sociale (CausE), dont Caritas est membre. Au total, ce sont 155 places qui sont mises à disposition dans quatre hôtels du centre-ville – deux sur la rive gauche, deux sur la rive droite –, pour une durée maximale de trois mois.

Pour Aude Bumbacher, directrice du CausE, le bilan est « très positif ». « Contrairement aux abris d’hébergement d’urgence traditionnels, les gens ont accès à leur chambre 24h/24h et sont libres de leurs mouvements. Même pour une durée limitée, ils peuvent se poser et enfin sortir de la survie au quotidien. » Le dispositif, qui a aussi pour vocation de soutenir le secteur sinistré de l’hôtellerie, restera opérationnel jusqu’à fin mai. Des pourparlers sont en cours pour la suite.

 

De nouveaux visages sont apparus,
ceux de ces personnes précipitées
dans la précarité par la pandémie
et ses conséquences économiques.


En attendant, les chambres ne désemplissent pas. Parmi les bénéficiaires, on trouve des sans-abri habitués des structures d’accueil de nuit et de jour traditionnelles, des hommes et des femmes seuls, des couples et des familles parfois. Mais de nouveaux visages sont apparus, ceux de ces personnes précipitées dans la précarité par la pandémie et ses conséquences économiques. « Parmi les gens qu’on a vus dans les files d’attente aux Vernets pour des colis alimentaires, certains n’ont ensuite plus réussi à payer leur loyer et se sont retrouvés à la rue », note Aude Bumbacher.

Comment le système fonctionne ? Les demandes d’hébergement sont adressées par diverses structures publiques ou associatives du réseau genevois. Une évaluation est faite en fonction des places disponibles, de la situation familiale et sanitaire des personnes. Quatre chambres sont également réservées à l’Unité mobile d’urgences sociales (UMUS), pour mettre à l’abri des grands précaires à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Selon les lieux, les résidents ont accès à une cuisine collective, à une kitchenette avec frigo dans certains studios meublés ou encore à des repas préparés.
En parallèle, la plupart des hôtels continuent à accueillir des clients réguliers, même s’ils ont été peu nombreux depuis décembre en raison des restrictions de voyage. La cohabitation se passe très bien, se réjouit Aude Bumbacher : « Il y a toujours des ajustements à faire mais nous n’avons pas connu de problèmes majeurs ni dû faire appel à la police pour gérer des tensions. »
 

La journée, des assistants sociaux
prennent le relais et
proposent un accompagnement social.


Dans chaque hôtel, le CausE assure la présence de professionnels 21h/24h. La nuit, des travailleurs sociaux veillent à la sécurité des locaux et au respect des règles élémentaires de vie en collectivité. La journée, des assistants sociaux prennent le relais et proposent un accompagnement social. Ils effectuent un bilan de situation complet, orientent, conseillent et apportent une aide administrative aux personnes qui le souhaitent. Ces démarches ont déjà abouti au renouvellement de permis de séjour, à l’ouverture de droits à l’aide sociale ou encore au dépôt de demandes de logement.

À l’issue des trois mois de séjour maximum, la situation n’est pas simple pour autant. « Nous trouvons parfois d’autres solutions d’hébergement ou de prise en charge, mais il ne faut pas se leurrer, une grande partie de ces personnes vont retourner à la rue », commente la directrice du CausE. Pour les « anciens » sans-abri, c’est malheureusement presque une routine. Pour les nouveaux, en revanche, le choc émotionnel peut être violent. « Nous faisons tout notre possible pour les coacher au maximum, avant de laisser la place à d’autres. Dans tous les cas, ces trois mois à l’hôtel auront été un répit salutaire. Et une façon de retrouver sa dignité », conclut-elle.
Une histoire mouvementée Avril 2019 : le CausE* fait sa première apparition publique en installant 200 tentes sur la plaine de Plainpalais pour revendiquer davantage de moyens pour l’hébergement des sansabri. Un premier financement de la Ville de Genève permet au collectif de développer, dès le mois d’août, un dispositif de nuit évolutif constitué de plusieurs "sleep-in" dans des paroisses de la ville.

Avec l’arrivée de la pandémie au printemps 2020, la Ville de Genève décide de centraliser l’hébergement d’urgence à la caserne des Vernets, mettant un terme au projet associatif. Fin novembre, le Canton de Genève vote un crédit de 1,4 million de francs, à quoi s’ajoute 1 million d’une fondation privée, pour loger des personnes sans domicile fixe à l’hôtel durant l’hiver. Le CausE est mandaté pour gérer ce nouveau dispositif d’accueil.

* Le Collectif d’associations pour l’urgence sociale : Armée du Salut, Bateau Genève, Caritas Genève, Centre la Roseraie, Centre social protestant, Première ligne.


Le CausE en chiffres: 
  • 55 lits dans 4 hôtels (Cité Verdaine, Bel’Espérance, Geneva Hostel, City Hostel)
  • 23 collaboratrices et collaborateurs
  • 257 personnes différentes accueillies, dont 15 familles et 21 enfants (9349 nuitées) entre décembre 2020 et février 2021

 
Texte: Mario Togni


Article paru dans Caritas.mag No 23, Avril 2021, pp.16-17

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